Quatre mois avant le naufrage, une assemblée de
New-Yorkais nantis portaient un toast au capitaine Smith
au cours d'un dîner tenu en son honneur. Connu comme
"le capitaine des millionaires" il était
l'un des navigateurs les plus expérimentés
de l'époque. Pourquoi Smith a-t-il poussé
à plein régime son paquebot dans une région
parsemée d'icebergs, en pleine nuit par surcroît
? Il a emporté la réponse avec lui dans les
profondeurs de l'océan.
Mais rien dans son passé ne laissait présager
qu'il puisse faire preuve d'une telle témérité.
Edward John Smith est né en 1850,
dans le Staffordhire, en Angleterre. Il a pris la mer dès
son adoslescence comme mousse sur un bateau à voile
naviguant autour du monde, commandé par son demi-frère
Joseph. Devenu capitaine, il a joint les rangs de la White
Star Line en 1880, pour laquelle il a dirigé le voyage
inaugural de plusieurs nouveaux paquebots, dont celui du
jumeau du Titanic, l'Olympic. Un jour, alors que le Capitaine
Smith était à la barre de ce dernier, le bateau
a heurté un mystérieux objet. Le capitaine
a dû interrompre la traversée pour faire réparer
une hélice au chantier navale de Belfast.
Smith, marié et père d'une fille, envisageait
de se retirer après la traversée du Titanic.
"Mais étant donné les circonstances,
commente Pat Lacey, une parente éloigné âgée
de 75 ans, c'est heureux pour lui qu'il ait disparu avec
son bateau."
On l'a surnommée l'insubmersible...
Mme J.J. Brown était très
satisfaite de son voyage sur le vieux continent. Elle avait
acheté plusieurs antiquités en Égypte,
avait rencontré son ami John Jacob Astor, un des
hommes les plus riches de l'époque, et avait rendu
visite à sa fille, qui étudiait à Paris.
Bien que de mauvaises nouvelles sur l'état de santé
alarmant d'un parent aient écourté son séjour,
elle avait eu la chance, croyait-elle, de se procurer un
billet pour renter aux États-Unis sur le plus beau
bateau qui soit, le Titanic.
Si le paquebot a coulé, celle qu'on a surnommé
à la suite du naufrage l'Insubmersible Molly Brown
a survécu. Embarquée dans le canot de sauvetage
numéro 6, qui pouvait accueillir 65 personnes, aux
côtés de seulement 24 femmes et deux hommes,
Mme Brown, vêtue d'un deux-pièces en velours
noir, a tenu tête au maître de manœuvre
Robert Hichens. Celui-ci, craignant que les survivants en
détresse, pris de panique, ne fassent chavirer le
canot, refusait de retourner sur les lieux du naufrage.
Pour aider les femmes à lutter contre le froid, elle
leur a montré à ramer et leur a prêté
son manteau de zibeline. Et quand Hichens a pris pour une
étoile filante une fusée lumineuse lancée
par un bateau qui venait à la rescousse des naufragés,
elle l'a menacé de le jeté par-dessus bord
(sans toutefois employer de pistolet, comme dans le film
de 1964 qui porte son nom). Après avoir pris le commandement
de l'embarcation, elle a ordonné aux femmes de ramer
et a conduit tout le monde en lieu sûr. Molly Brown
a ainsi fait preuve d'un courage extraordinaire.
Née Margaret Tobin à Hannibal, au Missouri,
en 1867, elle a un jour quitté son village pour se
rendre à Leadville, une municipalité du Colorado
en plein essor. " Elle voulait trouver du travail et
un mari fortuné", raconte son arrière-petite-fille
Muffet Brown, conceptrice-graphiste à Los Gatos,
en Californie. Elle y a fait la rencontre de James Brown,
un prospecteur de 13 ans son aîné, à
la faveur d'un pique-nique paroissial. Elle l'a épousé
en 1886, sept ans avant qu'il trouve de l'or dans la Little
Jonny Mine et commence à édifier sa fortune,
qui allait atteindre 5$ millions.
Cependant, Molly ne pouvait supporter d'être confinée
dans leur maison de Denver. Elle s'est alors mise à
voyager en Europe, souvent en compagnie de leur fils, Lawrence,
de sorte qu'elle maîtrisait plusieurs langues quand
elle s'est séparée de James en 1909.
Après le naufrage du Titanic, dans lequel elle avait
perdu un collier d'une valeur de 325 000 $, Molly Brown
a amassé des fonds pour les survivants non fortunés.
Elle a également lutté pour que le droit de
vote soit accordé aux femmes. Mais elle s'est avant
tout démarquée par son courage lors de la
tragédie. "C'est la chance des Brown, disait-elle
après le dramatique événement. Nous
sommes insubmersibles." Elle est décédée
d'une crise cardiaque en 1932.
Molly Brown
Frédérick
Fleet
Il a vu l'iceberg trop tard…
Le matelot Fleet, âgé de 25 ans, perché
dans le nid-de-pie à 15 mètres (50 pieds)
au-dessus du Titanic, n'avait pas de jumelle pour accomplir
son travail. Inexplicablement, elles avaient été
égarées à Southampton. Durant la dernière
demi-heure de son guet, le 14 avril 1912, il a aperçu
un énorme iceberg à moins de 500 mètres
(1 640 pieds) devant lui. Désespéré,
Frederick Fleet a téléphoné
sur le pont. "Iceberg, droit devant !" a t-il
crié. Il s'attendait au pire, mais le navire a commencé
a tourner, évitant une collision frontale. Bien que
l'impact n'ait pas été très violent,
quelques morceaux de glace ont éclaboussé
le pont. Comme il le raconta plus tard, aux enquêteurs
américains, Fleet a estimé qu'ils l'avaient
échappé belle. Deux heures plus tard, alors
que l'immense bateau coulait, il ramait dans un canot rempli
de femmes.
Il a continué à travailler sur la mer jusqu'en
1936. Durant les dernières années de sa vie,
il a vendu des journaux à Southampton, "Juste
pour passer le temps" disait-il. Il passait la plupart
de ses journées à boire de la bière,
seul, dans un bar de la place.
"Il semblait triste et solitaire, dit l'historien
du Titanic Brian Ticehurst. " Il ne parlait qu'à
Éva, sa femme." Peu après la mort de
celle-ci, en 1965, le frère d'Éva, qui avait
accueilli le couple chez lui, a demandé à
Fleet, alors âgé de 76 ans, de déménager.
" Le matin suivant, raconte Ticehust, le beau-frère
a ouvert les rideaux et a découvert Frederick pendu
dans le jardin."
Suite les Passagers 3
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